Ton médecin ne te guérira pas

En ce début d’année rempli de bonnes intentions et de résolutions, une suggestion de lecture qui arrive à point: le livre «Ton médecin ne te guérira pas», de Dr Sébastien Perron, médecin, conférencier et chargé d’enseignement clinique à l’Université de Montréal. Son ouvrage, au titre volontairement provocateur, cherche à amener une prise de conscience sur le fait que nos principaux problèmes de santé, tels cancers, maladies cardiovasculaires et pulmonaires, diabète ou obésité, sont causés en grande partie par notre mode de vie. 

Loin de rejeter la médecine, l'auteur invite plutôt à en reconnaître les limites et surtout il vise à redonner au gens un rôle central dans leur santé. Il rappelle que, bien que la médecine conventionnelle est extrêmement performante dans les situations d’urgence, elle est beaucoup moins efficace pour soigner ces maladies chroniques qui ne peuvent être résolues par des médicaments seuls. (Notez qu'il s’agit d’un livre de vulgarisation qui en aucun cas ne remplace des conseils médicaux spécialisés et personnalisés.)
 
Bien sûr on ne contrôle pas tout et il est malheureusement impossible d'éviter tout problème de santé. Car des facteurs génétiques, sociaux ou environnementaux qu’on ne maîtrise pas jouent aussi un rôle. J’ajouterais aussi le hasard, la malchance. Shit happens comme on dit. Reste qu'adopter de bonnes habitudes de vie demeure la meilleure façon de mettre le plus de chances de notre côté et c'est le message principal du livre.
 
Il y a quatre facteurs primordiaux sur lesquels axer la prévention, que l'auteur appelle "les quatre piliers de la santé". Il s’agit de:
1- bien s’alimenter
2- bouger
3- éviter le tabagisme
4- consommer peu d’alcool
À cela s'ajoute de favoriser un bon sommeil, facteur souvent négligé,  et de réduire le stress.
L’auteur est catégorique: il affirme qu'en suivant ces recommandations (résumées plus bas), on diminuerait de 80% les risques de maladies cardiaques, d’AVC et de diabète, et qu’on réduirait de 40% les probabilités de cancer.
 
La question qui tue: mais pourquoi fait-on, en toute connaissance de cause, des choix de vie qui risquent de ruiner notre santé si précieuse? Parce que nous sommes faits comme ça! répond l'auteur. 
C’est ici qu'il offre une explication «évolutive», c’est à dire qu'il regarde d'où nous venons: notre ancêtre le chasseur cueilleur. Un comparatif très intéressant avec l'homme moderne qui sera utilisé tout au long du livre.
 
Nous vivons effectivement dans un environnement radicalement différent de celui pour lequel notre corps a été programmé et cette inadéquation expliquerait une grande partie les maladies chroniques actuelles, en hausse constante dans les dernières années alors qu'elles étaient quasi inexistantes il y a moins d’un siècle.
 
Voici quelques conseils tirés du livre. Vous allez remarquer que ce n'est rien de nouveau. Mais un petit rappel nous est souvent nécessaire!
 
1- UNE BONNE ALIMENTATION
Tel le chasseur cueilleur, favoriser une alimentation simple. Privilégier les aliments bruts et non transformés (poissons, viandes, fruits et légumes, noix), faibles en sucre, en graisses industrielles et en additifs. 
 
Concernant l’obésité et la sédentarité modernes, Dr Perron explique: «En vérité, c’est parce que l’humain est par nature gourmand et paresseux. Ce n’est pas notre faute, nous avons été conçus de cette façon. Nos ancêtres vivaient fréquemment de famine en période d’abondance alimentaire et la gourmandise était alors un mécanisme compensatoire pour assurer la survie. Par ailleurs, ils devaient être très actifs au quotidien pour se déplacer, se nourrir et survivre. La paresse était donc pour eux une façon de reprendre des forces quand la situation le permettait. Toutefois aujourd’hui, dans cette société où la nourriture abonde et où rien ne nous oblige à bouger, la gourmandise et la paresse qui nous habitent toujours sont des forces nuisibles qui sont à la source de biens des problèmes de santé.»  
 
Faque c'est ça qui est ça: faut aller contre nature. Voilà pourquoi c'est si difficile!! L’homme est biologiquement programmé pour stocker et économiser l’énergie afin de survivre dans un monde de pénurie. Les individus capables de stocker facilement des réserves survivaient mieux aux famines, aux maladies, aux périodes de froid ou aux blessures. Cette capacité était un avantage vital, pas un problème. Mais dans notre monde d’abondance, ce programme devient inadapté. Bref, ce qui a été un avantage dans le passé devient aujourd’hui un facteur de prise de poids et de maladies.
 
2- BOUGER
Nous vivons aujourd'hui dans un environnement qui favorise l'inactivité alors que notre corps est biologiquement conçu pour le mouvement! Ce qui est recommandé c’est 150 minutes d’activité physique modéré par semaine. Des exercices de force, d’endurance et de souplesse; bouger chaque jour en intégrant les mouvements naturels tels marcher, se pencher, faire des fentes, porter des charges ou s’accroupir, plutôt que rester longtemps assis.

«Oui mais rendu à mon âge», pourrait-on rétorquer une fois passé 50 ans! L’auteur explique que nous sommes conçus selon le modèle «Use it or lose it», c’est-à-dire que, par mesure d'économie, on perd ce qui n’est pas utilisé. L’âge n’est donc pas une excuse et à tout âge on doit garder bien solides nos quatre piliers de la santé. Même chez la personne âgée le corps est conçu pour se mouvoir et c’était d’ailleurs le cas il y a plusieurs milliers d’années: Les chasseurs cueilleurs âgés participaient aux tâches quotidiennes de la famille et de la tribu. Ils maintenaient une vie active sur les plans physique, mental et social. Ils marchaient encore plusieurs kilomètres par jour, fabriquaient des outils et fraternisaient avec les autres membres du groupe. S’isoler et arrêter de suivre leurs compatriotes nomades, cesser de fuir les prédateurs, d’aller chercher de l’eau ou ce qu’il faut pour faire un feu, c’était arrêter de prendre les moyens pour survivre et donc de se laisser mourir.»

3- NE PAS FUMER
Quand on fume, écraser pour de bon doit être la priorité #1. Aucun geste n’a autant d’effets positifs sur la santé et aucun médicament ne pourra apporter autant d’effets bénéfiques pour réduire le risque de maladie et de décès.
 
4- PEU D’ALCOOL
Une prise d’alcool à faible risque est de 2 consommations par jour pour une femme (max 10 par semaine) et 3 par jour pour un homme (max 15 par semaine). 
(En lisant cela, une question m'est venue à l'esprit: les transgenres doivent-ils considérer leur biologie de naissance ou leur nouvelle identité? Just asking. Oh ceci est un tout autre dossier, un sujet sensible que j'ai d'ailleurs déjà abordé dans mon article Parlons sexe.)
 
5- GESTION DU STRESS
Chercher à réduire le stress chronique, le limiter par le repos, la respiration, le calme ou des activités plaisantes.
 
6- SOMMEIL
Soigner le sommeil: dormir suffisamment, à horaires réguliers, dans un bon environnement, et limiter les écrans le soir.

Pourquoi je vous parle de ça dans un blogue essentiellement politique?! Parce que ça rejoint deux de mes valeurs fondamentales, tant d'un point de vue personnel que collectif: la prise en charge individuelle et l’assumation des conséquences de nos choix.

La médecine moderne prolonge la vie mais ne guérit pas la majorité des maladies chroniques. Alors afin de jouir de la meilleure qualité de vie possible, mieux vaut prévenir que compter sur un traitement curatif. Il incombe donc à chacun d’adopter de bonnes habitudes de vie. Ce bouquin, que je vous suggère, peut aider et motiver à y parvenir! 

Je termine avec ces excellents mots d'un cardiologue de Québec, tirés d'une entrevue d'il y a quelques années: "La prévention, c’est tannant. Faut que tu fasses attention à ce que tu manges pis que tu fasses de l’exercice alors que l’être humain aime le plaisir, bien manger et rester assis devant sa télé. Les patients arrivent à mon bureau et me disent "Docteur, occupez-vous de moi!" Je leur réponds: "Non, occupez-vous de vous."




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